Lawand peint l’humain, les aléas de la créature pensante dans les abrupts et les dérélictions d’une Histoire en cours, pourtant la même, en dépit des ruptures, sous ses avatars successifs. Mais comment, avec une plume, une pointe, une brosse, et avec autant de bruit que la voix des armes, dire la colère, l’amertume, afficher sur le mur d’une toile ou la glace d’un papier ce qui, ici encore, pour de nouveaux Désastres, venait déjà résonner jusqu’au fond de silence de la Quinta del sordo ?

 

Les figures de Lawand, figurants saisis dans leur manière d’habiter le monde et de traverser la vie, marchent, sont érigées sans pieds, hagardes, se recroquevillent, se couchent ou sont jetées, mutilées, sur un sol inconsistant qui ne les retient pas. Des solitaires, des esseulés. Les coudes s’écartent, mains cachant la face. Les bras se tendent sur quelque invisible croix. La tête penche et, nous dit le peintre, l’œil doit en « sentir le poids », elle est sans visage, jusqu’à parfois oublier sa bouche, son regard, c’est la face de l’anonyme et du nombre. La grimace ou le cri muet de plus-personne. Femmes, nues, vêtues de hardes, ou de leur seule chevelure, elles ont tout perdu, il ne leur reste que, corps chétif, inerte, cet enfant contre leur poitrine. Ces effigies de revenants, inachevés ou déjà sur la voie de leur effacement après quelque atteinte à l’être, se dégagent à peine de fonds indistincts. Ceux-ci, que le peintre griffe, barbouille, « ne sont là », dit-il, « que pour mettre en avant la forme », mais leurs teintes, pâles ou violentes, signent pour nous, complètement devenue peinture, l’intensité de l’abandon, de la douleur. Portraits hallucinés aux yeux de sang, momies transparentes, ces bustes, ces marcheurs, s’ils n’ont pas la parole, miment les multiples visages de la vie : couple, maternité, guerre, abandon, peur, mort. Parfois, par chance, le rêve.

 

Un rêve ? Avec les dessins, on dirait que la terre, comme chez Goya, se peuple de monstres, de spectres inaboutis. Est-ce anticipation d’humanité future, à la tête hypertrophiée, trop pesante, aux membres inutiles, privés de terminaison. Des lambeaux d’êtres. Ici, moins solitaires, ils se regroupent, par deux, par trois, se serrent les uns contre les autres, têtes qui se rapprochent, se touchent, noircies, charbonneuses, interchangea-bles. Peut-être apparaissent-ils tels que chacun voit l’autre, avec sa difformité, sa tare, son corps inabouti, mutilé par quelque cataclysme, ou, dans son devenir d’organisme mutant, abandonné aux hasards de l’évolution.

 

Lawand : Kurde né en Syrie. Sur lui, l’Histoire du jour ne peut qu’avec violence retentir.

 

Qu’il accompagne quelques-unes de mes phrases (dont les mots auraient voulu être cette « hache » qu’évoquait Kafka) ou qu’il couvre de gestes de colère ses grandes toiles, lacérations de couleur, boursoufflures des fonds qui vibrent comme des leçons de ténèbres, ratures et surcharges de retours intempestifs visant à brouiller l’insoutenable ou, plus inconsciemment, à ruiner ce qui risquerait d’être par trop dépeint, et trop lisse, voire trop beau, il fait affleurer dans leur muette parole l’indicible des exterminations, des génocides, fait qu’émergent de rien ces corps incomplets de vivants qui retournent au rien.

 

D’où revenus, qu’attendent-ils ainsi immobiles ? Et quels chemins, quelles terres moins dévastées recevront leurs pas d’ombres errantes ? Ils ne sont plus que peinture, ils ont quitté le temps pour une dérive incertaine, dans le silence hurlant des couleurs, vers d’autres inconnus rivages.

 

 

Jean-Claude SCHNEIDER

 

Lawand - Du fond d'ombre revenus

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